Le circuit suisse de l’information, il y a une génération, se racontait encore sans peine.
Journaux de canton, journaux nationaux. Radio. Télévision suisse. Et, selon la langue du lieu, la presse et les antennes d’Allemagne, de France ou d’Italie.
Ce n’était pas un espace neutre.
Les rédactions choisissaient. Les éditeurs avaient des intérêts. Les familles politiques se voyaient. Le service public portait ses présupposés. Certaines voix pesaient plus que d’autres.
Mais le système se lisait.
Le journal avait un nom.
Le rédacteur en chef aussi.
On savait à qui appartenait la rotative.
On pouvait attaquer le diffuseur, résilier, écrire, changer de chaîne, acheter le concurrent.
Surtout : une grande partie du pays croisait encore les mêmes événements.
On se disputait leur sens.
On n’habitait pas, pour autant, des mondes disjoints.
Cette différence-là n’est pas un détail.
Aujourd’hui, la conversation nationale ne se fabrique plus d’abord en Suisse.
Elle traverse des couches : éditeurs du pays, service public, presse étrangère, moteurs, réseaux, plateformes vidéo, messageries, marchés publicitaires, nuage, machines à recommander.
L’intelligence artificielle s’y interpose, de plus en plus.
Une votation fédérale peut arriver par un article de la SSR que Google hisse, par la vidéo TikTok d’un élu, par un commentateur YouTube allemand, par une capture dans un groupe WhatsApp, par un carrousel Instagram, par un podcast, par une chaîne Telegram, ou par une réponse de ChatGPT.
Même objet politique.
Pas les mêmes règles.
Pas les mêmes intérêts avoués.
Pas les mêmes voies de correction.
Et pas le même pays pour en répondre.
Canaux, propriété, économie, incitations : tout a bougé. Jusqu’aux systèmes qui décident de ce qui devient visible.
Le processus démocratique, lui, continue de supposer que les citoyens peuvent se former un jugement assez informé sur une réalité politique commune.
Cette hypothèse mérite qu’on la regarde de plus près qu’on ne le fait.
Car la question de souveraineté, à l’âge de l’information, n’est peut-être plus :
À qui appartiennent les médias ?
Elle pourrait être celle-ci :
Qui tient les conditions dans lesquelles un pays se comprend ?
L’infrastructure qu’on ne nomme pas
Certains systèmes, les États les traitent comme critiques : sans eux, la société ne tient pas.
L’électricité, l’eau, les transports, les télécommunications, la finance, la santé, l’alimentation, les réseaux numériques.
On constitue des réserves. On régule les opérateurs. On cartographie les dépendances. On répète les plans de reprise. On s’inquiète du contrôle étranger, des points uniques de rupture, du temps qu’il faut pour rétablir l’essentiel.
Les démocraties dépendent d’un autre système, rarement pris avec le même sérieux.
La capacité d’observer le réel.
D’enquêter.
De produire un savoir auquel on peut se fier.
De le faire circuler.
De le contester.
De le corriger.
Et de convertir une compréhension publique en décisions collectives qui tiennent.
C’est l’infrastructure cognitive d’un pays.
Ni un journal.
Ni le service public audiovisuel.
Ni les réseaux.
L’ensemble du chemin : l’événement devient savoir, le savoir devient compréhension publique, la compréhension devient choix politique, le choix devient acte de l’État.
Une boucle démocratique, simplifiée :
Événements, monde matériel
↓
Observer, enquêter, prouver
↓
Diffuser, faire trouver
↓
Sélectionner, classer, recommander
↓
Attention et compréhension publiques
↓
Débattre, participer, voter
↓
Décider au gouvernement
↓
Politiques, mise en œuvre
↓
Un monde matériel qui a changé
C’est un système de régulation.
Comme tout système de ce type, il vaut ce que valent ses capteurs, l’intégrité des signaux, la conception des interfaces, et le temps dont on dispose pour voir l’erreur et la réparer.
Une démocratie n’exige pas l’accord à chaque palier.
Elle exige le minimum :
Assez d’observation indépendante pour repérer l’erreur.
Assez de pluralité pour contester l’interprétation.
Assez de transparence pour lire l’influence.
Assez de terrain factuel commun pour que le désaccord politique reste un désaccord, et non un dialogue de sourds.
Si ce qui entre dans la boucle se déforme de façon systématique, le régime ne s’arrête pas net.
On vote encore.
Les parlements siègent.
Les journaux paraissent.
Les élus débattent.
Les formes tiennent.
La boucle, elle, a changé.
Une société peut continuer de décider tout en perdant, peu à peu, la capacité de comprendre les conditions dans lesquelles elle décide.
La souveraineté de l’information se perd ainsi : sans cérémonie de reddition.
Ce que n’est pas la souveraineté de l’information
Le terme gêne, parce qu’on le tord facilement.
Ce n’est pas le droit, pour un pays, de filtrer tout ce qui atteint sa population.
Ce n’est pas chasser la presse étrangère.
Ce n’est pas un ministère de la vérité.
Ce n’est pas à l’exécutif de dire quelles opinions politiques passent.
Ce n’est pas remplacer les plateformes privées par un réseau social d’État.
Et ce n’est certainement pas croire que la propriété nationale, à elle seule, rend l’information digne de foi.
Un État qui tient journaux, antennes, publicité et diffusion peut disposer d’un pouvoir immense sur l’information.
Ce n’est pas une souveraineté démocratique de l’information.
C’est du contrôle.
La différence n’est pas de degré.
Une définition utile :
La souveraineté de l’information, c’est la capacité pratique d’une société démocratique à tenir une production indépendante de savoir, à comprendre et gouverner les systèmes qui font circuler l’information, à préserver une pluralité qui compte, et à pouvoir encore intervenir lorsque la concentration, l’opacité ou la dépendance menacent l’autogouvernement collectif.
Le sujet souverain n’est pas le gouvernement seul.
C’est le système démocratique tout entier :
- les citoyennes et citoyens,
- les journalistes,
- les chercheuses et chercheurs,
- les institutions publiques,
- la société civile,
- les tribunaux,
- les opérateurs d’infrastructure,
- les lieux de formation,
- et l’ordre juridique qui les relie.
Trois prises, distinctes, liées.
Souveraineté des canaux
À qui appartiennent les voies, l’infrastructure, les données, les systèmes par lesquels l’information circule ?
Qui peut amplifier, étouffer, couper, observer ou monétiser ces flux ?
Souveraineté des rédactions
Journalistes et institutions peuvent-ils encore choisir ce qu’ils enquêtent et publient, sans pression indue des propriétaires, des annonceurs, des plateformes ou du pouvoir ?
Souveraineté des faits
Une société peut-elle encore établir des faits communs assez fiables pour décider ensemble ?
Cette dernière prise n’exige pas le consensus politique.
On peut s’accorder sur les preuves et se déchirer sur ce qu’il faut faire.
Mais dès qu’on ne s’accorde plus sur ce qui s’est passé, sur qui a produit les données, sur la possibilité de se fier à une source, ou sur la légitimité même de la preuve, le désaccord démocratique change de nature.
Il devient une lutte entre réalités incompatibles.
La Suisse n’a pas seulement gagné en diversité
On se raconte une fable rassurante sur les médias.
Autrefois, quelques journaux et quelques antennes tenaient l’information.
Puis Internet est venu.
Les gardiens du seuil ont disparu.
Chacun a trouvé une voix.
L’information se serait démocratisée.
Une part de cette fable est vraie.
Des sources autrefois hors d’atteinte sont devenues accessibles. Les élus parlent en direct. Les lanceurs d’alerte publient des preuves. Des communautés tenues à l’écart s’organisent. Des créateurs indépendants se font un public sans rotative ni licence d’antenne.
Les regards étrangers circulent plus facilement.
Les corrections aussi, parfois.
Mais la disparition des anciens gardiens n’a pas produit un monde sans gardiens.
Elle en a produit d’autres.
Les moteurs décident de ce qu’on trouve.
Les systèmes de recommandation, de ce qui apparaît.
Les réseaux, de ce qui se propage.
Les magasins d’applications, de ce qu’on installe.
Les régies, de ce qui se monétise.
Les fournisseurs de nuage et de diffusion de contenu, de ce qui reste disponible.
Les assistants d’intelligence artificielle, de plus en plus, de quelles sources on récupère, on résume, on cite — ou on ignore.
Le gardien n’a pas disparu.
Il s’est fait plus discret.
Un rédacteur en chef, on le nomme.
La propriété d’un éditeur, on l’examine.
Un diffuseur, on le conteste en public.
Un système de recommandation peut changer sans cesse, traiter chacun autrement, et rester hors d’atteinte des citoyens, des chercheurs et des autorités du pays.
Le problème n’est pas que les algorithmes seraient, par nature, malveillants.
C’est qu’ils exercent un pouvoir lourd de conséquences, sans observabilité comparable.
On voit le résultat.
On inspecte rarement la machine qui l’a choisi.
Cette asymétrie est un problème de souveraineté.
Les unes restent. Les voix s’effacent.
La Suisse a encore un paysage médiatique consistant.
Elle se classe bien pour la liberté de la presse. Elle conserve de solides maisons journalistiques. Les organisations à forte audience restent, pour l’essentiel, sous contrôle suisse. La SSR offre encore une couche de service public commune aux quatre régions linguistiques.
Ce sont de vrais atouts.
Une diversité visible peut pourtant masquer une concentration de structure.
En Suisse alémanique, les trois plus grands fournisseurs à forte audience tiennent environ les trois quarts du marché.
En Suisse romande, on approche les sept huitièmes.
Sur l’ensemble des sites d’information suisses, les cinq plus grands groupes pèsent environ 73 pour cent de l’usage cumulé.
Ces chiffres ne disent pas tout.
La concentration de la propriété dit à qui appartiennent les marques.
Elle ne dit pas combien de journalisme indépendant se fait encore derrière.
Il faut un autre indicateur : la concentration des rédactions.
Dans la presse germanophone, la part d’articles rédactionnels paraissant dans au moins deux titres est passée d’environ 10 pour cent en 2017 à 26,5 pour cent en 2024.
Dans un grand réseau de journaux, plus de la moitié du matériel analysé était partagée.
Dans la couverture politique nationale, les contenus partagés dépassaient 40 pour cent.
Même l’opinion et le commentaire — là où les identités éditoriales devraient se distinguer — se sont nettement recentrés.
Les rédactions mutualisées ne sont pas, par principe, une faute.
La consolidation maintient des titres régionaux. Elle finance des spécialistes. Elle évite, sur des marchés trop étroits, la disparition pure et simple du reportage.
Mais elle change ce qu’un titre représente.
Un pays peut garder beaucoup d’unes et perdre l’observation indépendante, le savoir local, le désaccord éditorial, la concurrence des enquêtes.
La pluralité des marques n’est pas la pluralité des sources.
Or la pluralité des sources compte : des systèmes indépendants ne se contentent pas d’offrir des opinions différentes.
Ils se prennent en défaut les uns les autres.
La pluralité est un mécanisme de résilience.
L’argent a quitté la rédaction
Le basculement n’est pas seulement éditorial.
Il est économique.
Au vingtième siècle, longtemps, les journaux tenaient à la fois le journalisme et l’infrastructure commerciale qui l’entourait.
Ils produisaient, vendaient de la publicité, géraient les abonnements, maîtrisaient la distribution physique.
Internet a séparé ces métiers.
Les éditeurs portent encore le coût du reportage.
Les plateformes mondiales tiennent de plus en plus la découverte, les données d’audience, les marchés publicitaires.
En 2024, les recettes suisses estimées de la publicité sur les moteurs et les réseaux ont dépassé, à elles seules, les recettes publicitaires mesurées de la presse, de la télévision, de la radio et des médias en ligne suisses réunis.
C’est un basculement de structure.
Les maisons qui font du journalisme local, cantonal, d’investigation, multilingue, ne tiennent plus une grande part du marché où l’attention se monétise.
Les plateformes, si.
D’où la poussée vers les barrières payantes, les abonnements, les places de marché, les événements, les services commerciaux, l’automatisation, la consolidation des coûts.
Certaines de ces adaptations sont nécessaires. Certaines sont inventives.
Elles ouvrent d’autres arbitrages.
L’abonnement peut soutenir un reportage plus profond et une relation directe avec le lectorat.
Il peut aussi ranger l’information de qualité derrière des barrières de revenu.
Le journalisme financé par la publicité reste largement accessible.
Il peut aussi devenir tributaire du volume, des contenus à charge émotionnelle, de la distribution par les plateformes.
Une fondation peut protéger, dans la durée, un journalisme d’intérêt public.
Elle peut aussi, si la gouvernance est floue, créer une dépendance à quelques donateurs.
L’argent public peut soutenir un journalisme multilingue, régional, civique, que le marché ne produirait pas.
Il peut aussi devenir un levier politique si l’attribution n’est pas indépendante.
Il n’existe pas de modèle parfait.
La question de souveraineté est celle-ci : le système contient-il assez de diversité pour que l’échec ou la capture d’un modèle ne dicte pas toute la conversation nationale ?
L’étranger n’est pas le cœur du problème
La Suisse a toujours lu, vu, écouté hors de ses frontières.
Les germanophones regardent la télévision allemande et lisent la presse allemande.
Les francophones se nourrissent des médias français.
Les italophones sont exposés au marché, bien plus vaste, de l’Italie.
Ce n’est pas, en soi, une faiblesse.
Le reportage étranger élargit, bouscule les présupposés du pays, apporte une expertise qu’un petit marché national ne reproduira jamais seul.
Un système d’information souverain n’écarte pas les voix d’ailleurs.
Il s’en sert.
Le problème commence lorsque l’exposition devient dépendance, sans visibilité ni alternative.
Un journal allemand a une structure éditoriale qu’on peut nommer.
Un diffuseur français, on l’analyse comme institution.
Un fil de réseau, c’est autre chose.
Il mélange, dans la même interface, journalisme suisse, reportage étranger, publicité politique, commentaires de créateurs, divertissement, communication institutionnelle, comptes anonymes, contenus synthétiques.
Pourquoi tel élément apparaît, l’utilisateur l’ignore souvent.
Comment il sera distribué, la personne qui le publie l’ignore souvent.
Comment le classement se comporte en allemand, en français, en italien, en romanche, l’État suisse l’ignore souvent.
Et la plateforme peut ne pas livrer assez de données pour que des chercheurs indépendants le découvrent.
L’information étrangère n’est pas la menace centrale.
Le pouvoir de distribution qu’on n’observe pas, si.
La ligne utile n’oppose donc pas le national à l’étranger.
Elle oppose une dépendance qu’on peut encore gouverner à une dépendance qu’on ne gouverne plus.
Une source étrangère, transparente, peut fortifier le savoir démocratique suisse.
Un conglomérat national qui ôte des capacités éditoriales indépendantes peut l’affaiblir.
Un fournisseur de nuage étranger, avec une portabilité testée et un basculement crédible, peut être moins dangereux qu’un fournisseur nominalement suisse dont on ne peut extraire ni systèmes ni données.
La nationalité compte.
Le contrôle, l’observabilité, la pluralité, la capacité de sortir comptent davantage.
Les algorithmes, sans le roman
Le débat public sur la recommandation se tient trop souvent dans une simplicité décevante.
Les uns voient des machines qui truquent les élections et radicalisent des sociétés entières.
Les autres n’y voient qu’un miroir : on montre aux gens ce qu’ils veulent déjà.
Les données sont plus têtues.
De vastes expériences autour de Facebook et d’Instagram, lors de l’élection américaine de 2020, ont montré qu’un basculement vers des fils chronologiques changeait substantiellement ce que l’on voyait et la manière dont on interagissait.
Les chercheurs n’ont pas, en revanche, détecté de changements correspondants, à court terme, dans la polarisation ou les attitudes politiques.
Une expérience randomisée indépendante, plus tard, sur X, a montré qu’activer le fil algorithmique déplaçait l’exposition autrement.
Plus de contenus conservateurs. Moins d’organisations de presse traditionnelles. Certaines opinions thématiques ont glissé dans une direction conservatrice.
L’identification partisane et la polarisation affective, elles, n’ont pas bougé de façon significative.
Sur TikTok, des recherches ont relevé des déséquilibres partisans dans les recommandations politiques. Une asymétrie d’exposition, à elle seule, ne prouve pas un changement ultérieur des convictions.
La conclusion responsable n’est pas que la recommandation n’a aucun effet politique.
Ni que chaque fil dicte le bulletin de vote.
Elle est plus importante :
Les systèmes qui sélectionnent l’exposition politique peuvent modifier ce que rencontrent les citoyens. Leurs effets varient selon la plateforme, la conception, le contexte, l’utilisateur, le moment.
Cette incertitude plaide pour l’examen.
Elle ne plaide pas pour le laisser-faire.
Lorsqu’une couche d’infrastructure est puissante et que ses effets restent incertains, la réponse n’est pas la confiance aveugle.
C’est l’observabilité.
Des audits indépendants.
Un accès pour la recherche.
Un choix pour l’utilisateur.
Une publicité politique qu’on peut lire.
Des recours qui existent vraiment.
Et la possibilité de comparer un fil algorithmique à un fil non personnalisé.
Une démocratie n’a pas à dicter le « bon » classement de l’information.
Elle a besoin de comprendre comment se comportent les machines à classer.
L’alerte suisse qu’on n’entend pas
La menace la plus sérieuse pour la souveraineté suisse de l’information n’est peut-être pas la propagande étrangère.
Ni la propriété des médias.
Ni même les algorithmes de recommandation.
C’est peut-être le retrait.
La part de personnes classées comme éloignées de l’actualité journalistique — usage faible, éventail étroit de sources — a augmenté de façon spectaculaire.
En 2025, ce groupe représentait, dans la classification de recherche concernée, environ 46 pour cent de la population suisse : quelque 25 points de plus qu’en 2009.
Le terme demande de la prudence.
Il ne dit pas que près de la moitié du pays ne voit plus rien.
Beaucoup croisent d’énormes quantités de contenus.
Ils sont sur les réseaux chaque jour.
Ils regardent des vidéos, lisent des publications, reçoivent des captures, parlent politique dans des groupes de messagerie.
Croiser du contenu n’est pas fréquenter, de façon soutenue, l’information journalistique.
La recherche associe ces répertoires éloignés de l’actualité à une moindre connaissance politique, à une participation plus faible, à un lien plus ténu avec la société démocratique.
Les réseaux ne compensent pas, par eux-mêmes, l’absence de journalisme régulier.
En Suisse, cela pèse particulièrement.
On n’y élit pas seulement des représentants, de loin en loin.
On vote, souvent, sur des questions techniques, financières, constitutionnelles, denses.
La démocratie directe impose à la population une charge de savoir inhabituellement haute.
Elle suppose qu’on peut atteindre l’information, comparer les arguments, comprendre l’incertitude, identifier les intérêts derrière les affirmations politiques.
Un pays peut donc garder la liberté de la presse et perdre sa portée.
Garder un excellent journalisme que de moins en moins de citoyens croisent.
Garder des droits démocratiques formels tandis que le savoir nécessaire pour les exercer se répartit inégalement.
Ce n’est pas d’abord un problème de censure.
C’est un problème d’infrastructure.
Un pont qui existe, mais qu’on n’atteint plus, n’offre pas de mobilité.
Un journalisme qui existe, mais n’entre plus dans de larges pans de la conversation publique, ne fait plus pleinement son métier démocratique.
Finlande : tenir sans se fermer
Aucun pays ne tient tout son environnement informationnel.
La Finlande dépend des plateformes technologiques mondiales.
Son marché médiatique commercial est concentré.
Son service public audiovisuel subit des pressions politiques et financières.
Ce n’est pas un paradis de souveraineté.
Mais on y voit ce à quoi peut ressembler la résilience.
La Finlande combine une forte liberté de la presse, une confiance élevée dans l’information, des médias de service public établis, un journalisme régional, une culture relativement solide du paiement pour l’actualité numérique.
Surtout, elle traite l’éducation aux médias comme une capacité nationale, pour toute une vie.
Sa politique nationale ne réduit pas cette éducation à apprendre aux enfants à repérer les histoires fabriquées.
Elle mobilise les écoles, les bibliothèques, les institutions culturelles, les chercheurs, la société civile, les organisations médiatiques, les autorités publiques.
L’objectif est plus large :
Aider à comprendre comment fonctionnent les systèmes médiatiques, comment se construisent les affirmations, comment évaluer les sources, comment les milieux numériques façonnent les comportements, comment la participation peut rester éclairée.
Cela compte, parce que la résilience de l’information ne s’installe pas pendant une crise.
Un gouvernement ne crée pas, soudain, de la confiance publique au milieu d’une élection.
Un système scolaire ne répare pas, au moment où démarre une campagne de désinformation, des décennies de faible lecture des sources.
Un service public ne devient pas légitime du jour au lendemain.
Un journalisme local indépendant ne se reconstruit pas sitôt que ses fondements économiques ont disparu.
La résilience s’accumule avant d’être nécessaire.
La force de la Finlande n’est pas l’indépendance vis-à-vis des plateformes étrangères.
C’est la présence de contrepoids :
- des institutions solides,
- une compétence civique,
- des relations directes avec le public,
- une capacité de service public,
- un journalisme indépendant,
- et une attente culturelle : les systèmes d’information doivent rendre des comptes.
Voilà la souveraineté comme préparation, non comme isolement.
Hongrie : tout tenir, sans souveraineté démocratique
La Hongrie donne la leçon inverse.
À partir de 2010, le système d’information hongrois s’est aligné, de plus en plus, sur un seul projet politique.
Transferts de propriété, changements de règles, contrôle des médias publics, publicité d’État, pressions sur les rédactions indépendantes : tout cela s’est nourri.
Avant le changement de gouvernement de 2026, les acteurs proches du pouvoir tenaient, selon les estimations, plus de 80 pour cent de l’environnement médiatique.
La confiance dans l’information est tombée très bas.
Les responsables de l’opposition n’obtenaient qu’une visibilité minimale dans certaines éditions du journal de grande écoute du service public.
Le journalisme indépendant n’a pas entièrement disparu.
Le système autour de lui est devenu, structurellement, hostile.
Le cas hongrois détruit une hypothèse simple :
La propriété nationale ne garantit pas la souveraineté de l’information.
Un système médiatique peut devenir plus nationalement contrôlé et, en même temps, moins souverain.
Si la propriété, le financement, la régulation, le service public et le pouvoir politique s’alignent, le pays peut gagner du contrôle sur le système d’information pendant que les citoyens perdent un accès indépendant au savoir.
L’État se fortifie.
Le système démocratique s’affaiblit.
C’est pourquoi la souveraineté de l’information doit appartenir à la communauté politique, non au gouvernement du moment.
La Hongrie révèle aussi un principe de système.
La capture s’accumule.
Aucune intervention isolée n’a besoin d’abolir la liberté de la presse.
Un régulateur perd de l’indépendance.
La publicité d’État perd de la neutralité.
Un diffuseur s’aligne.
Un propriétaire acquiert d’autres titres.
Les concurrents indépendants perdent des recettes.
Le journalisme local s’étiole.
L’accès à l’information publique se durcit.
Chaque pas, pris seul, peut sembler tenable.
Ensemble, ils forment un système qui se renforce lui-même.
Et de tels systèmes se capturent plus facilement qu’on ne les reconstruit.
Un gouvernement peut changer après une élection.
La confiance, les institutions indépendantes, la capacité de reportage local, les structures de propriété plurielles mettent beaucoup plus longtemps à revenir.
Sept étages, une souveraineté
On n’évalue pas la souveraineté de l’information à un seul indicateur.
Un pays peut bien se classer pour la liberté de la presse et devenir dangereusement dépendant de quelques plateformes.
Compter beaucoup de propriétaires et un seul système de distribution dominant.
Disposer d’une infrastructure solide et d’un journalisme politiquement capturé.
Produire d’excellents reportages que de larges pans de la population ne voient jamais.
Un modèle plus utile : une pile.
1. Produire le savoir
Le pays conserve-t-il la capacité d’observer ses propres affaires et d’en rendre compte ?
Y a-t-il des journalistes sur les communes, les cantons, les tribunaux, les entreprises, les institutions nationales ?
Quelle part du reportage est originale ?
Quelle part est syndiquée ?
Combien de rédactions indépendantes peuvent enquêter sur le même événement ?
2. Propriété et argent
Qui nomme les directions, retire des capitaux, réoriente la stratégie éditoriale ?
Quel est le degré de concentration du pouvoir d’audience ?
Quels modèles financent le journalisme ?
Quelle part des recettes a quitté les médias du pays pour les plateformes mondiales ?
De nouvelles organisations peuvent-elles encore entrer ?
3. Faire connaître
Comment les citoyens croisent-ils l’information ?
Par des visites directes ?
Par la radio-télévision ?
Par la recherche ?
Par les réseaux ?
Par les messageries ?
Par les plateformes vidéo ?
Par les lettres d’information ?
Par les assistants d’intelligence artificielle ?
Une information d’intérêt public importante peut-elle atteindre les citoyens sans un intermédiaire incontournable ?
4. Recommander et modérer
Qui décide de ce qui est amplifié, étouffé, ciblé ?
Peut-on choisir un fil non personnalisé ?
Les chercheurs peuvent-ils inspecter le comportement des plateformes ?
Les publicités politiques sont-elles archivées ?
Les systèmes de modération tiennent-ils aussi bien dans toutes les langues nationales ?
5. Tenir l’infrastructure
Où sont hébergés les systèmes d’information ?
De quels fournisseurs de DNS, de nuage, de CDN, d’analytique, d’identité, de paiement dépendent-ils ?
Les organisations médiatiques peuvent-elles migrer ?
Peuvent-elles continuer à publier pendant une panne majeure, une cyberattaque, un litige commercial, une suspension de plateforme ?
Les archives sont-elles exportables et conservées ailleurs, de façon indépendante ?
6. Le droit et les institutions
Les régulateurs sont-ils indépendants ?
La propriété est-elle transparente ?
Les journalistes peuvent-ils protéger leurs sources ?
Les médias de service public sont-ils à l’abri de la capture politique ?
Les subventions publiques et la publicité d’État suivent-elles des procédures transparentes, à distance du pouvoir ?
Les tribunaux offrent-ils des recours qui existent vraiment ?
7. Savoir encore établir des faits
Les citoyens peuvent-ils identifier les sources ?
Distinguer le reportage du commentaire, de la publicité, de la persuasion politique ?
Comprennent-ils les fils personnalisés ?
Peuvent-ils évaluer les preuves et l’incertitude ?
Gardent-ils assez de confiance pour recourir à des institutions crédibles sans devenir aveuglément déférents ?
La pile compte parce que les faiblesses se cumulent.
Un journalisme de qualité ne sert pas la démocratie s’il est économiquement insoutenable, algorithmiquement invisible, techniquement indisponible, ou consommé par trop peu de citoyens.
Une infrastructure résiliente ne crée pas de souveraineté si la couche de contenu est capturée.
L’éducation aux médias ne remplace pas la disparition du reportage indépendant.
La diversité de la propriété ne compense pas la dépendance à une seule plateforme.
Un environnement informationnel souverain exige de la pluralité à tous les étages.
L’intelligence artificielle déplace encore la question
Le débat actuel s’accroche encore beaucoup aux réseaux.
La transformation suivante a déjà commencé.
On passe de la recherche à la question.
Un moteur présente des liens.
Un assistant d’IA présente une réponse.
Ce n’est pas une affaire de cosmétique.
La recherche laisse voir des sources concurrentes, même si le classement pèse sur celles qui apparaissent en premier.
Un assistant fond ces sources en une seule réponse.
Il décide de ce qu’il récupère.
De ce qu’il écarte.
De ce qu’il paraphrase.
De ce qu’il cite.
De ce qu’il dit incertain.
Et de ce qu’il présente comme établi.
Une étude suisse, plus de mille requêtes liées à l’actualité, des milliers de sources citées, a constaté que les réponses générées par l’IA contenaient encore, dans une minorité significative de cas, des informations partiellement ou totalement fausses.
Elle a aussi relevé des écarts importants selon le système, la langue, le sujet, quant aux sources rendues visibles.
Pour les questions liées à la Suisse, les médias suisses pesaient une part substantielle, loin d’être complète.
Pour les sujets internationaux, ils disparaissaient presque.
Un nouveau marché de la distribution s’ouvre.
Un éditeur suisse peut produire un reportage original et exact, et devenir invisible si les systèmes d’IA ne l’indexent pas, ne le récupèrent pas, ne le licencient pas, ne le citent pas.
Une région linguistique peut recevoir d’autres réponses, parce que l’écosystème de sources disponible n’est pas le même.
Une correction peut paraître sans entrer dans les modèles ni dans les systèmes de récupération.
Une source peut être résumée sans le contexte qui rendait son reportage significatif.
La question de souveraineté, demain, n’est donc pas seulement :
Qui entraîne les modèles ?
Elle est aussi :
Qui décide quelles connaissances nationales entrent dans la réponse ?
Qui peut inspecter le processus de récupération ?
Qui peut corriger le système ?
Quelles sources restent économiquement viables lorsque plus personne ne les visite ?
Et que se passe-t-il lorsqu’un assistant d’IA étranger devient l’interface principale par laquelle les citoyens comprennent la politique intérieure ?
La génération suivante ne lira peut-être plus de journal.
Elle n’utilisera peut-être plus Google.
Elle se contentera de demander.
Quiconque répond entre dans l’infrastructure cognitive du pays.
Ce que la Suisse ferait mal
Les risques sont réels.
Cela ne rend pas sage toute solution qu’on propose.
La Suisse ne devrait pas construire un réseau social national tenu par l’État, en supposant que les citoyens s’en serviront.
Elle ne devrait pas écarter les médias étrangers.
Elle ne devrait pas imposer, en bloc, un hébergement national qui créerait une monoculture suisse fragile.
Elle ne devrait pas contraindre les éditeurs à un seul modèle de financement.
Elle ne devrait pas donner aux autorités de larges pouvoirs pour dire la vérité politique.
Elle ne devrait pas exiger une « neutralité algorithmique » : il n’existe pas de classement neutre de millions d’éléments.
Elle ne devrait pas lier les subventions à une couverture favorable, ni à de vagues jugements administratifs de qualité.
Et elle ne devrait pas prendre le scepticisme du public pour de la santé démocratique.
Une population qui ne croit plus rien n’est pas souveraine.
Elle est paralysée.
L’objectif n’est pas un contrôle sans limite.
C’est une interdépendance plurielle, observable, réversible.
La même logique que pour le nuage, l’énergie, les chaînes d’approvisionnement.
La dépendance n’est pas un échec.
La dépendance sans visibilité, sans alternative, sans sortie, si.
Ce que la Suisse peut encore faire
La première étape : reconnaître l’environnement de l’information comme une capacité nationale.
Pas un domaine de propagande.
Pas seulement un marché médiatique.
Pas seulement un dossier de politique culturelle.
Une capacité démocratique.
Mesurer tout le système
La Suisse mesure déjà certains aspects de l’audience, de la propriété, de la qualité journalistique.
Les couches restent fragmentées.
Le pays devrait pouvoir répondre :
- À qui appartiennent les grandes marques médiatiques ?
- Quels titres partagent leur production éditoriale ?
- Quelles plateformes déterminent l’essentiel de la découverte de l’actualité ?
- Quels systèmes publicitaires captent les recettes ?
- Quels fournisseurs de nuage, de CDN, de DNS, d’identité sont critiques pour l’exploitation ?
- Quels groupes de citoyens ne croisent plus de journalisme régulier ?
- Comment se comportent les systèmes de recommandation dans les langues suisses ?
- Quelle est la visibilité des sources suisses dans les réponses générées par l’IA ?
Un observatoire indépendant de la souveraineté de l’information pourrait relier ces questions sans devenir un régulateur de l’opinion.
Son mandat : mesurer.
Des méthodes ouvertes.
Des données publiques.
La détection de tendances.
Aucune autorité pour déclarer vraies ou fausses des opinions politiques licites.
Rendre le contrôle lisible
Les citoyens devraient pouvoir voir les ayants droit économiques, les droits de vote, les structures de contrôle éditorial derrière les médias à forte audience.
Les rédactions mutualisées et les réseaux de contenus devraient être transparents.
La publicité politique et thématique devrait se consulter annonce par annonce : commanditaire, dépenses, critères de ciblage, dates, portée.
L’objectif n’est pas d’interdire l’influence.
C’est de la rendre observable.
Exiger des comptes, sans dicter les propos
Les grandes plateformes et les moteurs devraient fournir des informations substantielles sur leurs systèmes de recommandation, leurs processus de modération, leur activité de publicité politique.
Des chercheurs accrédités devraient obtenir, dans le respect de la vie privée, l’accès aux données nécessaires pour auditer les effets de système.
Les utilisateurs devraient disposer d’alternatives accessibles au classement personnalisé.
Les recours devraient fonctionner dans les langues suisses.
Les modifications substantielles des systèmes de recommandation ne devraient pas rester entièrement invisibles pour les sociétés qu’elles affectent.
Protéger la pluralité économique
Le journalisme d’intérêt public ne vivra pas d’éloges.
Le reportage local, cantonal, d’investigation, multilingue, crée une valeur démocratique que les marchés publicitaires financent de moins en moins.
Un soutien peut se justifier.
Mais il doit rester à distance du pouvoir, fondé sur des critères formels, transparent, ouvert aux nouveaux venus.
L’État devrait financer des capacités, pas un alignement politique.
Le reportage original.
La présence locale.
L’accessibilité.
L’offre en plusieurs langues.
La capacité d’enquête.
Les archives publiques.
Aucune validation de contenu.
Aucun test de loyauté.
Rouvrir des chemins directs
Les organisations médiatiques devraient réduire leur dépendance aux plateformes personnalisées : sites, lettres d’information, podcasts, flux RSS, événements, bibliothèques, d’autres relations directes.
Les institutions publiques devraient publier les preuves primaires dans des formats durables, accessibles.
Les citoyens devraient pouvoir atteindre les informations importantes par plusieurs canaux indépendants.
Aucun pays ne devrait découvrir, en pleine crise, que sa communication publique tient à un seul compte sur une plateforme étrangère.
Auditer les dépendances d’exploitation
Les médias à forte audience et les institutions publiques devraient savoir de quels systèmes de nuage, de DNS, de CDN, de magasin d’applications, d’analytique, d’identité ils dépendent.
Ils devraient tester la migration.
La publication de secours.
La restauration des archives.
Les communications d’urgence.
Et la défaillance d’un fournisseur.
La souveraineté n’est pas l’endroit où se trouve le serveur.
C’est la capacité de l’organisation à agir encore lorsque le fournisseur, le contrat ou l’environnement politique change.
L’éducation aux médias et à l’IA, pour toute une vie
La Suisse n’a pas besoin d’un programme scolaire national unique, centralisé.
Son fédéralisme permet une mise en œuvre plus fine.
Mais la capacité elle-même devrait être nationale.
Les enfants ont besoin de reconnaître les sources, d’évaluer les preuves, de comprendre les systèmes de recommandation.
Les adultes, de compétences pratiques pour lire les affirmations en votation, la publicité politique, les médias synthétiques.
Les personnes âgées, d’un soutien face à l’usurpation d’identité, à la fraude, aux contenus manipulés.
Les journalistes et les agents publics, de normes pour un usage transparent de l’IA, la provenance, les corrections, la responsabilité humaine.
L’objectif n’est pas d’apprendre aux citoyens quoi penser.
C’est de préserver leur capacité à dire pourquoi ils croient quelque chose.
Personne ne doit la détenir
Le titre pose une question simple.
À qui appartient votre conversation nationale ?
Pas à l’État.
Pas à un éditeur.
Pas à un investisseur.
Pas à un service public audiovisuel.
Pas à une plateforme.
Pas à un algorithme.
Pas à une puissance étrangère.
Et pas à un système d’intelligence artificielle.
La réponse n’est pas que personne n’influence la conversation.
L’influence est inévitable.
Les rédactions pèsent.
Les journalistes pèsent.
Les élus pèsent.
Les propriétaires pèsent.
Les plateformes pèsent.
Les citoyens pèsent.
La réponse est qu’aucun acteur ne devrait devenir, dans l’ombre, indispensable.
Un système d’information démocratique souverain, c’est un système où beaucoup peuvent parler, où le pouvoir reste lisible, où les institutions peuvent être contestées, où les citoyens peuvent comprendre les forces qui façonnent ce qu’ils voient, et où le pays conserve la capacité pratique de corriger sa trajectoire.
Ce n’est pas un plaidoyer pour contrôler l’information.
C’est un plaidoyer pour gouverner la dépendance.
La Suisse connaît déjà ce principe ailleurs.
Elle n’a pas besoin de produire toute son énergie pour se soucier de souveraineté énergétique.
Elle n’a pas besoin de fabriquer chaque médicament pour tenir des réserves stratégiques.
Elle n’a pas besoin de posséder chaque serveur pour exiger sécurité, portabilité, restauration.
Et elle n’a pas besoin de produire chaque information que consomment ses citoyens pour préserver sa souveraineté de l’information.
Elle a besoin d’une observation nationale forte.
D’un journalisme indépendant.
D’une propriété plurielle.
D’une influence lisible.
D’une diffusion qui tient.
De plateformes auditables.
D’institutions publiques crédibles.
De citoyens formés.
Et d’alternatives encore utilisables avant que le système ne lâche.
Toute démocratie protège ses élections.
Toute démocratie protège ses institutions.
Toute démocratie protège une forme d’infrastructure nationale.
La question suivante : les démocraties sont-elles prêtes à protéger l’environnement d’information d’où émergent les décisions légitimes ?
Car un pays peut garder ses frontières, sa constitution, son système de vote, et perdre peu à peu la main sur le processus par lequel ses citoyens comprennent les choix qui s’offrent à eux.
Une fois cette capacité perdue, la souveraineté ne s’efface pas d’un geste.
Elle se dissout.
Une rédaction fermée.
Un changement d’algorithme invisible.
Une source perdue.
Une institution capturée.
Une génération qui cesse de regarder.
Une optimisation à la fois.
Bases de recherche et lectures
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fög – Centre de recherche sur l’espace public et la société, Université de Zurich, Annuaire Qualité des médias 2024 et 2025. Données suisses sur l’usage des médias, les répertoires d’actualité, la concentration des rédactions, les recettes publicitaires et la découverte de l’actualité médiée par l’IA.
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Reuters Institute for the Study of Journalism, Digital News Report 2026. Données comparatives sur la consommation d’information, la confiance, le paiement et l’évitement en Suisse, en Finlande, en Hongrie et sur d’autres marchés.
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Office fédéral de la communication, Monitoring des médias Suisse 2024. Analyse du pouvoir de formation de l’opinion, de la propriété et des organisations médiatiques à forte audience.
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Reporters sans frontières, Classement mondial de la liberté de la presse 2026. Indicateurs comparatifs pour la Suisse, la Finlande et la Hongrie.
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Office fédéral de la statistique, statistiques historiques sur les journaux suisses et les unités de publication.
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Science, recherches sur les effets des fils Facebook et Instagram chronologiques et algorithmiques lors de l’élection américaine de 2020.
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Nature, recherches expérimentales et d’audit sur les effets politiques de X et les asymétries de recommandation sur TikTok.
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Ministère finlandais de l’Éducation et de la Culture, Media Literacy in Finland: National Media Education Policy.
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OCDE, analyse du système finlandais d’éducation aux médias fondé sur la coopération intersectorielle.
-
Commission européenne, Digital Services Act, European Media Freedom Act et règlement sur la transparence et le ciblage de la publicité à caractère politique.
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Commission européenne et Media Pluralism Monitor, rapports sur la capture des médias, l’indépendance du service public, la publicité d’État et les conditions réglementaires en Hongrie.
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Conseil fédéral suisse et DETEC, documents de consultation relatifs au projet de loi fédérale sur les plateformes de communication et les moteurs de recherche.
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SWITCH, documents concernant une infrastructure Internet résiliente et une gouvernance souveraine du nuage suisse.
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Thierry Gilgen, La souveraineté numérique n’est pas du nationalisme.
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Thierry Gilgen, La souveraineté se mesure au temps de réponse.
-
Thierry Gilgen, La souveraineté humaine à l’âge de l’intelligence artificielle.
