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Le mot ne t’appartient pas · Édition 1

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Un lac peut recevoir un nouveau nom officiel en un jour. Une langue, non.

Le 27 août 2026, le président des États-Unis a signé un décret ordonnant à l’administration fédérale d’appeler désormais le lac Ontario Lake America. L’eau n’a pas bougé. Les rives sont restées les mêmes. Le lac bordait toujours le Canada. Mais une autorité maîtresse des registres fédéraux de noms géographiques avait changé ce que ses propres services étaient tenus de dire.1

Deux jours plus tard, Google a expliqué comment il appliquerait ce changement. Aux États-Unis, les utilisateurs verraient Lake America. Au Canada, ils continueraient de voir Lake Ontario. Ailleurs, les deux noms. Un même plan d’eau, une même plateforme, et des noms différents selon l’endroit d’où l’on regarde.2

Plus tôt, le 20 janvier 2025, un décret avait déjà enjoint au gouvernement américain d’employer Gulf of America pour la partie du golfe du Mexique qu’il désignait. Google a ensuite affiché ce nom différemment pour les utilisateurs américains, mexicains et les autres.34

Puis la campagne a atteint un mot plus proche du cœur de l’industrie technologique. Le 29 septembre 2026, le décret 14434 a ordonné à l’exécutif, dans la mesure permise par la loi, de remplacer Artificial Intelligence et AI par Super Intelligence et SI dans l’ensemble des documents fédéraux non législatifs. Le texte fait plus étrange qu’un simple changement de marque : il précise expressément que le terme retenu désigne les technologies déjà couvertes par une définition légale existante de l’intelligence artificielle. Il tente de changer l’étiquette en gardant la chose intacte.5 Reuters a rapporté le 6 octobre que le ministère américain de la Justice avait demandé à son personnel d’appliquer ce changement dans la plupart des contextes, premier signe que le décret dépassait le stade de l’annonce symbolique.6

Le 8 octobre, Donald Trump a écrit que la Maison-Blanche considérait comme “THE ENEMY!” (l’ennemi) quiconque disait Artificial Intelligence plutôt que Super Intelligence. Le message original est conservé avec son horodatage et son identifiant ; la presse l’a aussitôt relayé.7

Le président peut imposer un mot à une agence fédérale. Il ne peut pas, par ce seul acte, obliger une habitante du Canada à rebaptiser un lac, un scientifique à redéfinir une catégorie technique, ou un auteur à tenir un terme officiel pour une vérité éditoriale. La distinction n’a rien d’une querelle de mots. Elle touche au rapport entre le pouvoir politique et la pensée.

Et elle soulève une question historique. Que se passe-t-il, au juste, quand des dirigeants veulent nommer le monde à la place de tous les autres ?

1. Quatre pouvoirs sur un mot

Avant toute comparaison historique, il faut séparer quatre choses que l’on confond souvent.

Le nom officiel est celui qu’une juridiction reconnaît dans ses propres registres. Le terme institutionnel est celui qu’emploient, en leur sein, une école, un journal, un laboratoire, une entreprise ou une administration. L’usage public, c’est ce que les gens disent ou écrivent réellement. Le sens partagé, enfin, c’est la manière dont une communauté comprend le mot, y compris ce qu’il charrie d’émotions et de jugements moraux.

Ces niveaux peuvent se recouvrir. Ils peuvent aussi se contredire. Un État peut dicter le premier, peser fortement sur le deuxième, faire pression sur le troisième et tenter de remodeler le quatrième. Mais aucun ne se confond d’office avec les autres.

Voilà pourquoi les deux cartes du lac Ontario comptent. Un nom fédéral américain peut s’imposer dans le système de dénomination fédéral sans devenir le nom reconnu à l’échelle internationale. Une plateforme peut reprendre ce registre sur un marché et conserver un autre nom ailleurs. Des millions de personnes croiseront la nouvelle étiquette sans jamais avoir choisi de la prononcer.12

Voilà aussi pourquoi la dispute autour de superintelligence déborde la politique. Les chercheurs en IA emploient depuis longtemps ce mot pour désigner un niveau hypothétique d’intelligence artificielle nettement supérieur aux capacités humaines dans de nombreux domaines. Le décret de septembre donne à Super Intelligence une définition administrative bien plus large. Les deux usages peuvent coexister ; le sens scientifique ne disparaît pas parce qu’un décret en fixe un autre pour les documents gouvernementaux. Un article explicatif de Nature du 7 octobre 2026 expose cet écart entre les définitions.58

La langue n’est donc pas un royaume à un seul souverain, mais un territoire où plusieurs autorités se chevauchent. Fonctionnaires, professionnels, éditeurs et simples locuteurs pèsent tous sur le sort d’un mot. Certains peuvent l’imposer. D’autres peuvent le diffuser. D’autres encore peuvent l’accepter, l’ignorer, le détourner ou s’en souvenir.

Quatre panneaux distinguent nom officiel, usage institutionnel, langage courant et sens partagé, avec des exemples tirés des États-Unis et de la RDA.
Figure 2. Quatre niveaux de pouvoir sur les noms. Grille d’analyse conçue pour ce volume, non une mesure statistique.

2. L’homme qui écoutait parler une dictature

Bien avant que les moteurs de recherche puissent mettre une carte à jour, Victor Klemperer écoutait un pays se faire refaçonner par la langue.

Klemperer était un universitaire juif allemand, spécialiste des langues romanes. Privé de sa chaire sous le nazisme, il a survécu au régime en notant la manière dont sa langue pénétrait la vie de tous les jours. En 1947, il a publié LTI – Notizbuch eines Philologen, paru en français sous le titre LTI, la langue du IIIᵉ Reich. L’abréviation latine du titre parodiait déjà le goût du régime pour les sigles ronflants.910

Son œuvre est irremplaçable parce qu’il ne s’en est pas tenu aux grands discours. Une dictature parle aussi par ses formulaires, ses slogans, ses leçons d’école, ses gros titres, ses euphémismes et ces tournures que les gens ordinaires répètent presque sans y penser. Son constat d’historien n’était pas qu’un mot hypnotise une population, mais que des habitudes de langage répétées peuvent rendre normales des catégories et des présupposés. C’est l’accumulation qui parle, plus que n’importe quelle phrase isolée.

Le régime nazi contrôlait systématiquement qui pouvait publier et ce qui pouvait paraître. Sous Joseph Goebbels, le ministère de l’Éducation du peuple et de la Propagande supervisait des pans entiers de la presse, de la radio, du cinéma et de la culture. La loi sur les rédacteurs de 1933 excluait les journalistes juifs et soumettait l’exercice du métier à des conditions. Le ministère diffusait des consignes sur les sujets à traiter et la manière de les traiter. L’obéissance ne reposait pas sur la force des arguments : perte d’emploi, prison et autres représailles donnaient aux ordres tout leur poids.1112

Les mots remplissaient des fonctions politiques différentes. Volksgemeinschaft, la prétendue communauté nationale unie, reposait sur une idée raciale d’exclusion : l’appartenance était définie de façon à rejeter les Juifs et d’autres. Gleichschaltung, littéralement la mise au pas, faisait passer la soumission forcée des institutions pour une coordination.13 Dans la machine de la persécution et du meurtre, Sonderbehandlung (« traitement spécial ») et Umsiedlung (« réinstallation ») dissimulaient tueries et déportations sous un vocabulaire administratif. Le United States Holocaust Memorial Museum documente ces euphémismes comme les rouages d’un système conçu pour tromper les victimes, les témoins et les fonctionnaires.1415

Il ne s’agit pas de jeux de mots inoffensifs. Il s’agit d’un État qui a organisé la persécution et le génocide. Dire que la langue a compté ne revient pas à prétendre que les mots, à eux seuls, ont causé la Shoah. Les institutions, l’idéologie, la force armée, la bureaucratie et les choix individuels ont été déterminants. La langue a aidé à coordonner, à masquer et à légitimer ce que ces institutions faisaient.

Puis il y a un épisode singulièrement révélateur. Goebbels lui-même n’aimait guère, au départ, le mot propagande dans l’intitulé de son ministère, parce que le public l’associait déjà au mensonge. Une fois le ministère créé, il a proposé de le rebaptiser ministère de la Culture et de l’Éducation du peuple. Hitler s’y est opposé. Le chef de la propagande du régime cherchait à changer le nom de la propagande.11

Cet épisode enseigne autre chose que les euphémismes nazis : même des dirigeants dotés d’un pouvoir de coercition hors du commun savaient que les associations attachées à un mot pouvaient contrarier leurs intentions. Ils pouvaient changer ce qui figurait sur la porte d’un ministère. Ils ne pouvaient pas abolir ce que les gens entendaient par ce mot.

L’avertissement de Klemperer reste utile, à condition de le manier avec soin. Tout slogan manipulateur n’est pas du fascisme. Toute volonté d’harmoniser une terminologie n’est pas de la propagande. Les vraies questions sont celles-ci : quels sens fait-on passer en contrebande dans la langue, qui est contraint de les répéter, et qu’arrive-t-il à ceux qui refusent ?

3. Le mur qui se disait protection

À l’aube du 13 août 1961, les autorités est-allemandes ont commencé à fermer la frontière autour de Berlin-Ouest. La séparation est devenue le mur de Berlin, un système fortifié qui entravait les déplacements, séparait les familles et était défendu par des gardes armés. Des millions de personnes avaient déjà quitté la RDA entre 1949 et 1961 ; empêcher de nouveaux départs était une fonction centrale du nouveau régime frontalier.1617

Le Parti socialiste unifié, le SED, en donnait une autre description : Antifaschistischer Schutzwall, un « mur de protection antifasciste ». Dans la langue officielle, la fortification protégeait le socialisme contre ses ennemis extérieurs. Dans la vie des habitants, elle les empêchait de passer à l’Ouest.1617

Pour qui écrit, c’est peut-être le cas historique le plus pur de ce volume. L’État et le citoyen pouvaient se tenir devant le même béton et lui donner des noms radicalement différents.

Mais gardons-nous d’idéaliser le citoyen, comme s’il était naturellement imperméable à la propagande. La RDA disposait d’écoles, d’une télévision, de journaux, d’employeurs et d’organes de sécurité capables d’imposer son vocabulaire public. On pouvait employer les formules officielles par conviction, par intérêt professionnel, par prudence, ou simplement parce que la répétition les avait rendues familières. La parole publique ne permet pas de lire les opinions privées.

Ce que l’on peut constater, c’est que le terme officiel n’a jamais complètement évincé les mots ordinaires. L’Agence fédérale allemande pour l’éducation civique, dans ses travaux sur la langue en RDA, relève précisément ces dénominations parallèles qui vivaient sous le vocabulaire autorisé : Mauer au lieu d’antifaschistischer Schutzwall ; Rotlichtbestrahlung (« séance d’irradiation à la lampe rouge ») au lieu de réunion du parti ; et une profusion de surnoms moqueurs pour la police secrète et les objets du quotidien. Certains termes se disaient plus librement en privé qu’en public.18

Ce n’était pas une révolution héroïque chaque fois que quelqu’un disait Mauer. Souvent, c’était juste la langue de tous les jours. Mais c’est bien là l’essentiel. La langue née de l’expérience quotidienne continuait de coexister avec celle qui venait d’en haut.

Quand la frontière s’est ouverte le 9 novembre 1989, la formule officielle n’avait aucun grand avenir populaire à revendiquer. Le mur de Berlin est resté le nom autour duquel se sont accumulés souvenirs, musées, photographies et débats. Le vocabulaire d’État de la RDA avait obtenu une circulation officielle ; il n’avait pas gagné une adoption sociale durable.16

Le terme de l’État est-allemand, Antifaschistischer Schutzwall, figure à côté du mot courant Mauer.
Figure 3. Une barrière, deux descriptions. Le contraste et l’usage courant sont documentés par l’Agence fédérale allemande pour l’éducation civique (bpb). Sources : bpb ; Bundesstiftung Aufarbeitung.

4. Quand une étiquette devient un verdict

L’expérience soviétique révèle un usage plus dangereux de la langue : une catégorie qui change la façon dont on a le droit de traiter une personne.

Sous Staline, ennemi du peuple est devenu une accusation politique capable de briser des réputations et des vies. Ce n’était pas une simple insulte ; dans le contexte des purges, c’était un marqueur servant à justifier la répression. L’une des lectures historiques les plus nettes est venue de la direction soviétique elle-même. Dans son discours au XXᵉ Congrès du Parti communiste, en février 1956, Nikita Khrouchtchev a condamné l’usage que Staline faisait de cette expression : elle dispensait, selon lui, de prouver les prétendues erreurs d’un adversaire et avait permis une répression implacable.19

Un mot ne peut arrêter personne. Ce sont la police et les institutions qui arrêtent. Mais une classification politique peut faire paraître la persécution méritée avant toute preuve. Elle peut effacer la différence entre un adversaire, un dissident, un suspect et un ennemi.

Le parallèle historique exige de la précision. Le message de Trump d’octobre 2026 colle une étiquette d’ennemi sur ceux qui emploient un terme technologique mal vu. C’est un acte rhétorique documenté. Les campagnes de Staline ont signifié emprisonnements de masse et tueries. On peut comparer ces formules en tant que mécanismes de délégitimation sans assimiler les systèmes politiques ni leurs conséquences. Une comparaison historique devient irresponsable lorsqu’une ressemblance de vocabulaire est prise pour la preuve d’une violence équivalente.719

L’inquiétude plus étroite, et défendable, est déjà assez sérieuse : quand des dirigeants présentent un désaccord terminologique comme une hostilité envers l’État, ils tentent de faire passer le débat du terrain des raisons à celui de l’allégeance.

5. La révolution de Mao et la bataille des mots permis

Pendant la Révolution culturelle chinoise, lancée en 1966, des accusations comme partisan de la voie capitaliste ou contre-révolutionnaire servaient à désigner des personnes comme des menaces politiques. La langue révolutionnaire se propageait par les publications, les réunions, les dazibaos et les campagnes. Ces classifications ne se contentaient pas de décrire des débats politiques ; elles pouvaient aller de pair avec l’humiliation, la persécution et une violence extrême.

Le document le plus crédible pour évaluer l’héritage institutionnel de la campagne est d’une autocritique frappante. En 1981, le Comité central du Parti communiste chinois a adopté une résolution qui qualifiait la Révolution culturelle de plus grave revers et des plus lourdes pertes subis par le pays depuis 1949, et qui établissait que Mao l’avait déclenchée et dirigée. La résolution critiquait explicitement la manière dont la campagne avait confondu le vrai et le faux, et le peuple avec ses prétendus ennemis.20

Cela ne signifie pas que l’État chinois ait cessé d’orienter la parole publique. Cela signifie qu’un pouvoir politique peut, plus tard, désavouer une langue et des doctrines qu’il a lui-même propagées. La continuité d’un régime ne garantit pas la survie de ses termes officiels.

La Chine offre aussi un cas de résistance linguistique qui aurait ravi les amateurs d’humour noir de la RDA. À mesure que la censure d’internet s’étendait, des internautes chinois ont retourné la langue politique contre elle-même. L’idéal officiel d’harmonie, héxié, est devenu en ligne synonyme de censure. Les gens lui ont substitué le quasi-homophone crabe de rivière, héxiè, et ont fait circuler les images d’un cheval de l’herbe et de la boue imaginaire, dont le nom évoque une expression obscène, comme figure absurde de résistance. La recherche linguistique montre comment ces jeux de mots ont circulé entre les débats en ligne et hors ligne.21

Ce n’est pas la preuve que l’humour a vaincu la censure. Un gouvernement peut bloquer les blagues, punir leurs auteurs et ajuster ses filtres. Les chercheurs Gary King, Jennifer Pan et Margaret E. Roberts ont analysé la suppression sélective de messages sur les réseaux sociaux chinois. Pour les sites et la période étudiés, ils ont constaté que les messages liés à l’action collective couraient un risque de censure particulier, même lorsque certaines critiques ordinaires restaient en ligne. L’avertissement est important : qu’une blague survive ne prouve pas la liberté d’expression.22

Ce que montrent ces calembours, c’est que la langue devient inventive sous la contrainte. Le sens voulu d’un mot peut être retourné par ceux-là mêmes qui étaient censés le répéter.

Les caractères chinois 和谐 (héxié), harmonie, figurent à côté de 河蟹 (héxiè), crabe de rivière, reliés par une flèche rouge.
Figure 4. Un mot retourné comme un gant. Caractères, prononciation et sens sont vérifiés d’après l’étude linguistique citée ; l’illustration n’est pas une pièce d’archive. Source : Wang, Juffermans et Du, Language Policy.

6. Pourquoi « on ne décrète pas la langue » est une erreur

La tentation serait maintenant de conclure que les noms imposés par le pouvoir finissent toujours par s’effondrer et que la langue de tous les jours l’emporte toujours. L’histoire n’autorise pas cette conclusion rassurante.

Les gouvernements peuvent changer d’écriture, de calendrier, de terminologie juridique et de noms de lieux administratifs. Les États disposent d’écoles, d’administrations fiscales, d’éditeurs, d’archives et de bureaucraties. Des enfants peuvent grandir en ne connaissant qu’un terme qui était politiquement neuf pour leurs grands-parents. Une politique peut devenir une habitude, et une habitude, une culture.

Le test le plus utile consiste à comparer deux réformes d’État très différentes, nées l’une et l’autre d’une décision sans équivoque venue d’en haut.

En France, les révolutionnaires ont instauré un calendrier républicain en 1793. Les mois prenaient des noms comme vendémiaire, brumaire ou thermidor ; les semaines faisaient place à des décades de dix jours. La réforme visait notamment à rompre avec l’ordre religieux et monarchique et à façonner une société républicaine et laïque. Elle s’est pourtant heurtée à des difficultés administratives et à des résistances, surtout dans les campagnes. Napoléon l’a abolie en septembre 1805 et le calendrier grégorien a repris cours le 1ᵉʳ janvier 1806. Quelques-uns de ses mots ont survécu comme vocabulaire historique. La France avait imposé un calendrier officiel pour un temps ; elle ne l’avait pas rendu durable.23

En Turquie, le gouvernement de Mustafa Kemal Atatürk a changé l’écriture nationale en 1928, passant de l’alphabet ottoman, d’origine arabe, à un alphabet latin. Contrairement au calendrier français, la nouvelle écriture s’est durablement imposée dans l’enseignement, l’administration et la vie publique. Les historiens mettent toutefois en garde contre l’idée d’une adoption indolore ou instantanée : les expériences vécues ont varié, d’anciennes habitudes de lecture ont persisté, et les autorités se sont parfois heurtées à des résistances ouvertes ou silencieuses.242526

Ces projets ne sont équivalents ni politiquement ni moralement à la terreur nazie ou stalinienne. Leur intérêt est d’isoler une autre question : à quelles conditions une réforme linguistique imposée devient-elle une pratique ordinaire ?

La comparaison suggère, sans le prouver, qu’une réforme peut durer quand des institutions la portent sur plusieurs générations, quand elle réorganise des nécessités pratiques et quand de nouveaux locuteurs l’apprennent comme une évidence. Elle peut échouer quand ses exigences heurtent durablement des routines bien établies, la vie religieuse ou la commodité. Chaque cas demande ses propres preuves.23242526

La France introduit un calendrier républicain en 1793 et l’abandonne en 1805-1806 ; la Turquie adopte en 1928 un alphabet latin, toujours en usage.
Figure 5. L’action de l’État n’aboutit pas à une issue linguistique prédéterminée. Dates et interprétations fondées sur la documentation de l’Assemblée nationale et sur des travaux d’histoire évalués par les pairs. Sources : Assemblée nationale ; Yılmaz ; Mignon ; Atatürk Araştırma Merkezi.

7. Les cartes sont devenues des éditeurs

Le XXIᵉ siècle ajoute une nouvelle institution à l’histoire : la plateforme qui décide discrètement du terme que verra l’utilisateur.

En février 2025, Google a annoncé qu’il afficherait Gulf of America aux utilisateurs aux États-Unis, Gulf of Mexico à ceux du Mexique, et les deux noms ailleurs. En août 2026, Google a annoncé un dispositif régional comparable pour Lake America et Lake Ontario. Il s’agissait de règles de produit publiées, non d’une enquête indépendante sur la manière dont les gens nommaient ces eaux.42

Les conséquences sont considérables. Les cartes ne sont plus seulement des documents imprimés que l’on choisit en connaissance de cause. Leurs noms apparaissent dans les recherches, les systèmes de navigation, les itinéraires du quotidien et les logiciels intégrés. Une décision de dénomination peut être incorporée à un produit avant qu’existe un consensus public. Un mot peut donc gagner en visibilité par l’infrastructure autant que par la persuasion.

La vieille distinction entre nom officiel et nom populaire devient ainsi plus difficile à observer. Voir un terme mille fois, ce n’est pas y croire, mais cela peut le rendre familier. Et on le croise à travers une interface qui ressemble souvent davantage à de la géographie neutre qu’à un choix éditorial.

La pression ne s’arrête pas toujours au logiciel. En février 2025, Trump a déclaré qu’il continuerait de restreindre l’accès de l’Associated Press tant que l’agence n’adopterait pas Gulf of America dans ses dépêches. AP a continué d’écrire Gulf of Mexico tout en mentionnant la désignation préférée par le gouvernement américain. Un procès a suivi, avec des interprétations juridiques opposées sur l’accès de la presse au président et sur la discrimination fondée sur le point de vue. Ce qui est documenté, c’est la tentative de lier l’accès au choix des mots d’une rédaction, pas un jugement définitif qui aurait tranché toutes ces questions.2728

La lutte moderne se joue donc à travers des décrets, des rédactions, des index de recherche et des interfaces de produits. Elle pose une question : qui fixe le terme par défaut quand des milliards de personnes découvrent le monde à travers des systèmes exploités par des entreprises privées ?

Schéma montrant comment Google a annoncé des noms différents pour le golfe du Mexique et le lac Ontario selon la région de l’utilisateur.
Figure 6. Noms affichés par Google Maps tels qu’annoncés en 2025 et 2026 ; schéma de règles publiées, non capture d’une carte en direct. Source : Google, The Keyword.

La plateforme qui n’a pas pu enterrer son ancien nom

Elon Musk a connu la même tension entre nom officiel et habitude du public dans sa propre entreprise. En juillet 2023, il a commencé à rebaptiser Twitter en X. Il pouvait changer les enseignes, le logo, l’application et les comptes officiels. Que les utilisateurs adoptent le nouveau nom était une autre affaire.29

Le 4 octobre 2026, Musk a proposé une nouvelle substitution, en trois lignes laconiques publiées sur X :

No more AI
SI
It’s better

Le message est conservé sous son identifiant de statut X d’origine. Reuters a rapporté par ailleurs que Musk avait dit vouloir renommer l’unité d’IA de SpaceX, de SpaceXAI en SpaceXSI, sans donner de calendrier de mise en œuvre.3031 Le 10 octobre, le compte X de l’unité était passé de @SpaceXAI à @SpaceXSI ; rien n’avait été annoncé quant à une modification de la raison sociale, du site web ou des produits.32

Une réponse, venue d’un compte au nom d’affichage AH (@ahazem1234), a formulé un contre-argument d’une économie admirable :

We still call this app twitter btw

(« On appelle toujours cette appli Twitter, au fait. ») L’échange peut être retracé jusqu’aux messages originaux. Une capture d’écran transmise par un lecteur saisit la juxtaposition, même si, comme toute image tirée des réseaux sociaux, une capture ne suffit pas à elle seule à prouver l’authenticité des messages.3033

La pique ne repose pas sur un seul commentaire. Selon un sondage YouGov représentatif à l’échelle des États-Unis, réalisé les 25 et 26 juin 2024, 49 % des adultes disaient appeler généralement la plateforme Twitter ; chez les utilisateurs quotidiens de X, la proportion atteignait 55 %. C’est une mesure datée, et non la preuve que ces proportions exactes ont tenu jusqu’en octobre 2026. Elle montre néanmoins que l’ancien nom restait d’usage courant un an après le changement officiel.29

Graphique typographique, pas une capture d’écran : le passage de Twitter à X en 2023, le message de Musk du 4 octobre 2026 « No more AI / SI / It’s better », la réponse « We still call this app twitter btw » et le résultat de YouGov en juin 2024 : 49 % des adultes américains disaient encore Twitter.
Figure 6b. Un changement de marque, une réponse publique et la persistance mesurée de l’ancien nom. Le message de Musk d’octobre 2026 et la réponse sont présentés comme un échange documenté ; le chiffre de 49 % date de juin 2024 et ne vaut pas pour 2026. Sources : X ; Reuters ; YouGov.

Qu’un propriétaire rebaptise son produit n’équivaut pas à un gouvernement qui impose une parole, encore moins à la répression d’une dictature. Les mécanismes et les conséquences diffèrent. Ce que ces cas ont en commun, c’est l’écart entre le contrôle d’une étiquette officielle et son adoption volontaire.

Musk pouvait renommer la plateforme. Il ne pouvait pas empêcher tout le monde de dire Twitter.

8. Ce que les mots peuvent faire à la pensée, et ce qu’ils ne peuvent pas

La question devient alors philosophique et empirique. Contrôler la langue, est-ce contrôler la pensée ?

Sous sa forme forte, cette affirmation est intenable. Les êtres humains savent reconnaître un mensonge, garder pour eux leurs désaccords et inventer de nouvelles descriptions. Ils peuvent même employer un mot imposé avec ironie. Il serait pourtant tout aussi faux de prétendre que le vocabulaire n’est qu’une étiquette interchangeable. La langue fournit des catégories, des métaphores, des présupposés et des cadres récurrents à travers lesquels les gens interprètent les événements.

Dans une série d’expériences célèbre de 2011, Paul Thibodeau et Lera Boroditsky ont constaté que décrire la criminalité comme une bête plutôt que comme un virus influençait les solutions politiques proposées par les participants. Une étude de suivi ultérieure, évaluée par les pairs, de Gerard Steen, Gudrun Reijnierse et Christian Burgers a contesté certains aspects méthodologiques de ces travaux, introduit des conditions de comparaison neutres et n’a pas retrouvé le même effet de métaphore dans ses quatre expériences. Ces études ne montrent pas que le choix des mots ne compte jamais. Elles montrent pourquoi les affirmations sur son influence doivent être vérifiées, et non présupposées.3435

Le politiste Timur Kuran apporte une autre pièce manquante. Dans ses travaux sur les révolutions inattendues de 1989, il soutient que l’écart entre préférences privées et déclarations publiques peut faire paraître des régimes plus solides qu’ils ne le sont. Si les gens ont peur de contredire l’orthodoxie officielle, ce qu’ils disent en public cesse d’être une mesure fiable de ce qu’ils croient.36

La lexicographie offre un utile retour au réel. Oxford décrit sa manière d’évaluer les mots nouveaux : ce qui compte, ce sont des attestations d’usage tirées de plusieurs sources, non les décrets d’un auteur, d’un dictionnaire ou d’un responsable politique. Même une expression qui se répand vite doit être reprise au-delà de son inventeur pour devenir un mot établi de la langue commune. Les dictionnaires documentent de plus en plus la pratique au lieu de l’autoriser d’avance.3738

Et les philosophes du langage mettent en garde, depuis longtemps, contre l’idée que le sens serait un objet aux mains d’un seul locuteur. La conception de Wittgenstein, centrée sur l’usage, est parfois réduite à un slogan, le sens, c’est l’usage, mais les interprétations savantes soulignent que sa thèse portait sur une vaste classe de cas, et non sur chaque mot ou chaque convention de dénomination possible. La nuance mérite d’être gardée.39

Prises ensemble, ces recherches ne justifient ni l’optimisme naïf ni le fatalisme linguistique. Les mots peuvent modifier ce que les gens remarquent et la façon dont ils envisagent leurs choix. Les institutions peuvent rendre certaines expressions difficiles à éviter. Et pourtant, la répétition publique, la compréhension personnelle et l’acceptation sociale véritable restent distinctes.

9. Le test : quatre questions chaque fois qu’on renomme le réel

L’histoire suggère une grille pratique pour lire la langue officielle.

Premièrement : qui a le pouvoir d’imposer le terme ? Un gouvernement national peut régir ses propres registres. Un organisme professionnel peut régir son vocabulaire technique. Une plateforme peut régir les libellés de son produit. Ce sont des juridictions linguistiques distinctes, et leurs frontières comptent.

Deuxièmement : qu’est-ce qui change quand le terme change ? Dans le cas du lac Ontario, l’eau et les frontières restent les mêmes. Dans le cas de l’IA, le décret reprend expressément une définition légale existante. Parfois, un nouveau terme accompagne une vraie réforme ; d’autres fois, il ne fait que redécrire une chose inchangée.15

Troisièmement : qu’arrive-t-il à qui refuse ? Entre un guide de style officiel et une menace de représailles, la distance politique est immense. Comparez un dictionnaire qui ajoute un mot, un ministère qui ordonne à un employé de l’utiliser, une rédaction qui perd son accès pour l’avoir refusé, et un État qui persécute des gens sous une étiquette d’ennemi. Tous touchent à la langue, mais leurs conséquences ne sont pas comparables en gravité.271119

Quatrièmement : le mot s’est-il réellement répandu ? Un nouveau nom sur une carte atteste une règle d’affichage. Un journal qui l’adopte atteste un usage éditorial. L’acceptation publique exige des données plus solides : corpus indépendants, enquêtes longitudinales, conversations et témoignages issus de communautés différentes. Sur le sort des changements de nom de 2026, la seule réponse juste reste : nous ne savons pas.4237

Quatre questions : autorité, réalité, conséquences et adoption.
Figure 7. Une grille réutilisable pour toute tentative d’intervenir sur la langue. Synthèse de l’auteur fondée sur les sources de ce volume.
Comparaison qualitative des issues historiques de projets linguistiques dirigés par l’État en France, dans l’Allemagne nazie, en RDA, en Chine, en Turquie et aux États-Unis.
Figure 8. Pas d’issue historique unique. Comparaison qualitative de projets linguistiques dirigés par l’État, non un classement. Sources citées dans le texte.

10. Une langue est un bien commun, pas un trône

Quand un régime tombe, certains de ses mots disparaissent de la vie publique, d’autres survivent comme des avertissements, d’autres encore persistent presque sans qu’on les remarque. Parfois, un projet politique réussit si bien que son origine politique devient invisible. Parfois, les gens gardent l’ancien nom pendant des décennies. Parfois, le nouveau terme survit, mais seulement comme une plaisanterie.

Cette variabilité est le cœur de l’histoire.

Un lac ne change pas avec son étiquette. Mais une étiquette peut changer ce que montre une carte officielle, ce qu’une rédaction est pressée d’imprimer et ce qu’un enfant voit sur un écran. Une étiquette d’ennemi ne peut, à elle seule, emprisonner personne ; entre les mains d’un État répressif, elle peut servir un système qui le fait. Un mot ne peut contraindre à croire ; des mots répétés et ancrés dans des institutions peuvent façonner les conditions dans lesquelles les convictions s’expriment et se contestent.

La campagne de changements de nom de Donald Trump n’équivaut pas à la terreur de Hitler, de Staline ou de Mao. Le prétendre déformerait l’histoire. Ce qui rend la comparaison utile, c’est un mécanisme plus étroit, visible dans des systèmes très différents : la tentative de convertir l’autorité politique en autorité sur le sens. Les moyens diffèrent. Les enjeux aussi. La tentation est reconnaissable.

Les personnages les plus remarquables de cette histoire ne sont donc pas les dirigeants qui ont forgé ou interdit des expressions. Ce sont Klemperer, consignant les mots qui le mettaient en danger ; les Allemands de l’Est disant tranquillement Mauer ; les internautes chinois tordant l’harmonie jusqu’à la dérision ; les lecteurs, les locuteurs et les auteurs qui ont refusé de croire qu’un mot imprimé par le pouvoir était forcément toute la vérité.

On peut commander la forme d’une phrase officielle. On peut même amener un nombre immense de gens à la répéter.

Mais un ordre, une répétition et une croyance ne sont pas la même chose.

Le mot ne t’appartient pas.

Méthode et limites

Ce volume est un essai historique comparatif ; il ne prétend pas que ses cas soient politiquement ou moralement équivalents. Il privilégie les textes originaux des décrets, les déclarations archivées, les histoires institutionnelles, les études savantes et des textes historiques identifiés.

La situation contemporaine est évaluée au 11 octobre 2026. L’article ne prétend pas avoir mesuré l’adoption, dans la population, des noms préférés de Trump. Il rend compte de règles de plateforme annoncées, d’instructions officielles et de réactions publiques choisies, non d’une étude de corpus représentative. Les recherches sur la censure chinoise valent pour les sites et les périodes étudiés, non pour l’ensemble de la censure en Chine aujourd’hui. Le sondage de juin 2024 sur Twitter et X est un instantané historique, non une mesure d’octobre 2026. Certains travaux historiques ne sont accessibles en ligne que sous forme de résumé ou de présentation de l’éditeur ; la liste des sources signale ces limites.

L’article distingue en outre (1) le vocabulaire administratif imposé, (2) le vocabulaire diffusé par les institutions, (3) l’usage public et (4) la conviction individuelle ou collective. Aucune inférence causale simple d’une étiquette vers un comportement n’est avancée. Les graphiques originaux sont des représentations interprétatives, non des estimations quantitatives, sauf lorsqu’ils reproduisent des dates et des règles documentées.

Sources

Footnotes

  1. Décret présidentiel 14422, 27 août 2026, via GovInfo. Honoring the American History of the Great Lakes and Renaming Lake Ontario as Lake America. Publié au Federal Register le 2 septembre 2026. Vise les registres fédéraux américains (GNIS), non l’usage canadien. ↩ ↩2 ↩3

  2. Google, The Keyword, 29 août 2026. How the GNIS Lake Ontario/Lake America name change in the U.S. will appear in Maps. Règle d’affichage annoncée, pas une étude de terrain. ↩ ↩2 ↩3 ↩4

  3. Maison-Blanche, décret présidentiel 14172, 20 janvier 2025. Restoring Names That Honor American Greatness. Section 4, Gulf of America. Vaut pour la dénomination fédérale, non comme changement de nom international. ↩

  4. Google, The Keyword, 10 février 2025. Gulf of America name change in the U.S. — what you’ll see in Maps. Règle d’affichage annoncée, pas une mesure de l’usage. ↩ ↩2 ↩3

  5. Décret présidentiel 14434, 29 septembre 2026, Federal Register, 2 octobre 2026. Inaugurating the Era of Super Intelligence; version de la Maison-Blanche. Documents non législatifs de l’exécutif, dans la mesure permise par la loi ; la définition renvoie au 15 U.S.C. 9401(3). ↩ ↩2 ↩3

  6. Reuters, 6 octobre 2026. US Justice Dept tells staff to call AI 'super intelligence' under Trump order. Directive interne rapportée ; la note elle-même n’a pas été consultée pour ce volume. ↩

  7. Donald J. Trump, Truth Social, 8 octobre 2026, 12 h 14 EDT. Message original; copie archivée avec horodatage et identifiant; article d’Axios, 8 octobre 2026. Une déclaration rhétorique ; le décret ne prévoit aucune sanction. ↩ ↩2

  8. Jenna Ahart, Nature, 7 octobre 2026 (mis à jour le 8 octobre). The science of superintelligence and why AI is still a useful word. Article explicatif sur le sens scientifique de « superintelligence ». ↩

  9. Reclam. Die Sprache des Dritten Reiches. Beobachtungen und Reflexionen aus LTI. Page de l’éditeur pour une sélection tirée de LTI de Victor Klemperer, paru en 1947. En allemand. ↩

  10. Zeithistorische Forschungen, n° 2/2023. Sprachkritik und Autobiographie. Über Victor Klemperers „LTI“. Analyse savante de LTI, y compris l’abréviation comme satire. En allemand. ↩

  11. United States Holocaust Memorial Museum, Holocaust Encyclopedia. Ministry of Propaganda and Public Enlightenment. Le changement de nom proposé par Goebbels et le veto de Hitler ; la loi sur les rédacteurs, les consignes quotidiennes et les sanctions. ↩ ↩2 ↩3

  12. United States Holocaust Memorial Museum, Holocaust Encyclopedia. Nazi Propaganda and Censorship. Vue d’ensemble du contrôle de la presse, de l’école et des médias. ↩

  13. United States Holocaust Memorial Museum, Holocaust Encyclopedia. Gleichschaltung: Coordinating the Nazi State. Le terme du régime pour la mise au pas des institutions. ↩

  14. United States Holocaust Memorial Museum, Holocaust Encyclopedia. Glossary. Définitions de Volksgemeinschaft et de Sonderbehandlung. ↩

  15. United States Holocaust Memorial Museum, Holocaust Encyclopedia. Combating Holocaust Denial: Origins of Holocaust Denial. Euphémismes tels que « traitement spécial » et « réinstallation ». ↩

  16. Bundeszentrale für politische Bildung (bpb), Kontraste. Glossar. Entrées sur la construction du Mur, l’« antifaschistischer Schutzwall » et le 9 novembre 1989. En allemand. ↩ ↩2 ↩3

  17. Bundesstiftung zur Aufarbeitung der SED-Diktatur. Der Ost-West-Konflikt: Tod an der Mauer. Ressource pédagogique sur le récit du SED autour de l’« antifaschistischer Schutzwall ». En allemand. ↩ ↩2

  18. Bundeszentrale für politische Bildung (bpb), 15 octobre 2010. Sprache und Sprachgebrauch in der DDR. Cite Mauer au lieu d’antifaschistischer Schutzwall et Rotlichtbestrahlung au lieu de Parteiversammlung comme dénominations parallèles. Des exemples, pas des fréquences. En allemand. ↩

  19. Nikita Khrouchtchev, discours au XXᵉ Congrès du Parti, 25 février 1956, en traduction anglaise. Rapport secret (extraits), Internet Modern History Sourcebook; transcription plus complète. La condamnation rétrospective d’un successeur, non une histoire neutre. ↩ ↩2 ↩3

  20. Comité central du Parti communiste chinois, 27 juin 1981, traduction anglaise hébergée par l’USC US-China Institute. Resolution on Certain Questions in the History of Our Party since the Founding of the People’s Republic of China. Le bilan rétrospectif du Parti lui-même, non un consensus neutre. ↩

  21. Xuan Wang, Kasper Juffermans et Caixia Du, Language Policy, en ligne le 24 juillet 2015. Harmony as language policy in China: an Internet perspective. En libre accès. Source pour 和谐 héxié, 河蟹 héxiè et le cheval de l’herbe et de la boue (căonímă). ↩

  22. Gary King, Jennifer Pan et Margaret E. Roberts, American Political Science Review 107(2), 2013, 326–343. How Censorship in China Allows Government Criticism but Silences Collective Expression; page de l’auteur. Les résultats valent pour les sites et la période étudiés. ↩

  23. Assemblée nationale, pages Histoire et patrimoine. Convention nationale et calendrier républicain. Introduction en 1793, abolition le 9 septembre 1805, retour au calendrier grégorien le 1ᵉʳ janvier 1806. ↩ ↩2

  24. Hale Yılmaz, International Journal of Middle East Studies, 2011. Learning to Read (Again): The Social Experiences of Turkey’s 1928 Alphabet Reform. Résumé consulté ; le texte intégral peut être en accès restreint. ↩ ↩2

  25. Laurent Mignon, Journal of the Royal Asiatic Society, 2010. The Literati and the Letters: A Few Words on the Turkish Alphabet Reform. Résumé consulté. ↩ ↩2

  26. Atatürk Araştırma Merkezi, 27 juin 2023. Harf ve Dil Devrimi. Récit institutionnel et commémoratif, avec des déclarations d’époque. En turc. ↩ ↩2

  27. Associated Press, 18 février 2025. Trump says AP will be curtailed at the White House until it changes its style to Gulf of America. Compte rendu d’une partie au litige, avec la déclaration publique de Trump. ↩ ↩2

  28. Associated Press, 2025. Appeals court hands AP an incremental loss in its attempt to regain its access to Trump events; AP and Trump administration argue access case before federal appeals court, no ruling yet. Comptes rendus du procès ; décisions provisoires, pas un jugement définitif. ↩

  29. YouGov, 8 juillet 2024. A year after Twitter was rebranded to X, how has the brand progressed in the US?. Sondage en ligne auprès de 1 190 adultes américains, 25-26 juin 2024, pondéré pour être représentatif. Pas une mesure de 2026. ↩ ↩2

  30. Elon Musk, X, 4 octobre 2026. No more AI / SI / It’s better. Texte et horodatage vérifiés sur le message original le 11 octobre 2026. ↩ ↩2

  31. Reuters, 4 octobre 2026. Musk says he will rename SpaceXAI to SpaceXSI. Une intention annoncée ; sans calendrier au moment de la dépêche. ↩

  32. SpaceX Super Intelligence (@SpaceXSI), compte X, vérifié le 11 octobre 2026. @SpaceXSI sur X; article de TeslaNorth, 10 octobre 2026. Identifiant et nom d’affichage vérifiés le 11 octobre 2026 ; @SpaceXAI n’existe plus. Aucune annonce trouvée sur la raison sociale, le site web ou les produits. ↩

  33. AH (@ahazem1234), X, 4 octobre 2026, réponse à Elon Musk. We still call this app twitter btw. Vérifié sur le message original le 11 octobre 2026. Une seule réponse, pas un sondage. ↩

  34. Paul H. Thibodeau et Lera Boroditsky, PLOS ONE 6(2), 2011, e16782. Metaphors We Think With: The Role of Metaphor in Reasoning. À lire avec l’étude de suivi ci-dessous. ↩

  35. Gerard J. Steen, W. Gudrun Reijnierse et Christian Burgers, PLOS ONE, 2014. When Do Natural Language Metaphors Influence Reasoning? A Follow-Up Study to Thibodeau and Boroditsky (2013). Quatre expériences avec des conditions de comparaison neutres. ↩

  36. Timur Kuran, World Politics 44(1), 1991, 7–48. Now Out of Never: The Element of Surprise in the East European Revolution of 1989. Résumé consulté. Une théorie de la falsification des préférences, pas un sondage. ↩

  37. Oxford Dictionaries. How do you decide if new words should enter the dictionary?. La méthode d’un éditeur : des attestations d’usage tirées de plusieurs sources. ↩ ↩2

  38. Oxford Dictionaries. How have dictionaries changed over the years?. Description de l’usage fondée sur des corpus. ↩

  39. Paul Horwich, Wittgenstein’s Metaphilosophy, Oxford University Press, 2012, chapitre 4, « Meaning ». Résumé du chapitre; autre discussion savante. Résumés de l’éditeur consultés ; le chapitre n’a pas été lu en entier. ↩